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Specialite Humanites Litterature et Philosophie Asie Jour 1 Bac General 2026

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Bac General
Classe : Terminale
Centre d’examen : Asie
Matiere : HLP
Annee : 2026
Session : Normale
Duree de l’epreuve : 4 heures
Repere de l’epreuve : 26-HLPJ1JA1
Calculatrice : non autorisee

Texte support :

Pour en finir avec les images tout à fait confuses des commencements de ma vie, je veux encore parler d’un rayon de soleil – rayon triste cette fois, – qui a laissé en moi-même sa marque ineffaçable et dont le sens ne me sera jamais expliqué.

Au retour du service religieux, un dimanche, ce rayon m’apparut ; il entrait dans un escalier de la maison, par une fenêtre entrebâillée, et s’allongeait d’une certaine manière bizarre sur la blancheur d’un mur.

J’étais revenu du temple¹ seul avec ma mère, et je montais l’escalier en lui donnant la main ; la maison pleine de silence avait cette sonorité particulière aux midis très chauds de l’été ; ce devait être en août ou en septembre et, suivant l’usage de nos pays, les contrevents² à demi fermés entretenaient une espèce de nuit pendant l’ardeur du soleil.

Dès l’entrée, il me vint une conception déjà mélancolique de ce repos du dimanche qui, dans les campagnes et dans les recoins paisibles des petites villes, est comme un arrêt de la vie. Mais quand j’aperçus ce rayon de soleil plongeant obliquement dans cet escalier par cette fenêtre, ce fut une impression bien autrement poignante de tristesse ; quelque chose de tout à fait incompréhensible et de tout à fait nouveau, où entrait peut-être la notion infuse³ de la brièveté des étés de la vie, de leur fuite rapide, et de l’impassible éternité des soleils… Mais d’autres éléments plus mystérieux s’y mêlaient aussi, qu’il me serait impossible d’indiquer même vaguement.

Je veux seulement ajouter à l’histoire de ce rayon une suite qui pour moi y est intimement liée. Des années et des années passèrent ; devenu homme, ayant vu les deux bouts du monde et couru toutes les aventures, il m’arriva d’habiter, pendant un automne et un hiver, une maison isolée au fond d’un faubourg de Stamboul⁴. Là, sur le mur de mon escalier, chaque soir à la même heure, un rayon de soleil, arrivé par une fenêtre, glissait en biais ; il éclairait une sorte de niche qui était creusée dans la pierre et où j’avais posé une amphore⁵ d’Athènes. Eh bien, jamais je n’ai pu voir descendre ce rayon sans repenser à l’autre, celui de ce dimanche d’autrefois, et sans éprouver la même, précisément la même impression triste, à peine atténuée par le temps et toujours aussi pleine de mystère. Puis, quand le moment vint où il me fallut quitter la Turquie, quitter ce petit logis dangereux de Stamboul que j’avais adoré, à tous les déchirements du départ se mêla par instants cet étrange regret : jamais plus je ne reverrai le soleil oblique de l’escalier descendre sur la niche du mur et sur l’amphore grecque…

Pierre LOTI, Le Roman d’un enfant, VI, 1890.

¹ temple : ici, lieu de culte protestant.

² contrevents : volets.

³ infuse : immédiate, spontanée.

⁴ Stamboul : Istanbul.

⁵ amphore : vase antique.

Première partie : interprétation littéraire

Quels rôles jouent les deux rayons de soleil dans ce récit de soi ?

Deuxième partie : essai philosophique

Des expériences particulièrement marquantes sont-elles nécessaires au moi pour se constituer et s’identifier ?

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