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Bac General
Classe : Terminale
Centre d’examen : Amerique du Nord
Matiere : HLP
Annee : 2026
Session : Normale
Duree de l’epreuve : 4 heures
Repere de l’epreuve : 26-HLPJ2AN1
Calculatrice : non autorisee
Première partie : Interprétation littéraire
Comment la relation d’éducation entre la mère et la fille est-elle caractérisée dans le texte ?
Texte d’Annie Ernaux, Une Femme, 1988 :
Elle désirait apprendre : les règles du savoir-vivre (tant de crainte d’y manquer, d’incertitude continuelle sur les usages), ce qui se fait, les nouveautés, les noms des grands écrivains, les films sortant sur les écrans (mais elle n’allait pas au cinéma, faute de temps), les noms des fleurs dans les jardins. Elle écoutait avec attention tous les gens qui parlaient de ce qu’elle ignorait, par curiosité, par envie de montrer qu’elle était ouverte aux connaissances. S’élever, pour elle, c’était d’abord apprendre (elle disait, « il faut meubler son esprit ») et rien n’était plus beau que le savoir. Les livres étaient les seuls objets qu’elle manipulait avec précaution. Elle se lavait les mains avant de les toucher.
Elle a poursuivi son désir d’apprendre à travers moi. Le soir, à table, elle me faisait parler de mon école, de ce qu’on m’enseignait, des professeurs. Elle avait plaisir à employer mes expressions, la « récré », les « compos » ou la « gym ». Il lui semblait normal que je la « reprenne » quand elle avait dit un « mot de travers ». Elle ne me demandait plus si je voulais « faire collation », mais « goûter ». Elle m’emmenait voir à Rouen des monuments historiques et le musée, à Villequier les tombes de la famille Hugo. Toujours prête à admirer. Elle lisait les livres que je lisais, conseillés par le libraire. Mais parcourant aussi parfois Le Hérisson¹ oublié par un client et riant : « C’est bête et on le lit quand même ! » (En allant avec moi au musée, peut-être éprouvait-elle moins la satisfaction de regarder des vases égyptiens que la fierté de me pousser vers des connaissances et des goûts qu’elle savait être ceux des gens cultivés. Les gisants de la cathédrale², Dickens et Daudet³ au lieu de Confidences⁴, abandonné un jour, c’était, sans doute, davantage pour mon bonheur que pour le sien.)
Je la croyais supérieure à mon père, parce qu’elle me paraissait plus proche que lui des maîtresses et des professeurs. Tout en elle, son autorité, ses désirs et son ambition, allait dans le sens de l’école. Il y avait entre nous une connivence autour de la lecture, des poésies que je lui récitais, des gâteaux au salon de thé de Rouen, dont il était exclu. Il me conduisait à la foire, au cirque, aux films de Fernandel⁵, il m’apprenait à monter à vélo, à reconnaître les légumes du jardin. Avec lui je m’amusais, avec elle j’avais des « conversations ». Des deux, elle était la figure dominante, la loi.
¹ Le Hérisson : journal humoristique.
² Gisants de la cathédrale : statues funéraires.
³ Dickens et Daudet : romanciers du XIXe siècle.
⁴ Confidences : journal destiné à un public féminin.
⁵ Fernandel : acteur et humoriste populaire du XXe siècle.
Deuxième partie : Essai philosophique
Apprend-on seulement pour faire plaisir aux autres ?
